Bien placer la selle sur le dos du cheval

Il suffit de regarder l’ensemble des cavaliers seller leurs chevaux pour en faire le constat : les selles sont souvent mal placées sur le dos des chevaux. Ce constat doit nous alerter et nous inviter à être très vigilants quand on sait l’impact du mauvais positionnement de la selle… quand bien même elle serait de très bonne qualité !


 

Mal positionnée, la selle ne remplit pas correctement sa fonction : elle devient inconfortable pour le cavalier… et surtout pour le cheval ! Alors, il travaille mal, n’avance pas volontiers, refuse à l’obstacle, etc. Et il blesse. Pas seulement au garrot ; les blessures ne sont pas toujours visibles… L’inconfort, les douleurs mèneront à de mauvais résultats ; le cheval va perdre le moral et devenir plus ou moins rétif, voire immontable dans le pire des cas. Tout ça pour une selle mal positionnée ! Et la qualité de la selle n’est en rien une garantie de confort, et donc d’efficacité, si celle-ci, même adaptée, est mal placée sur le dos du cheval. 

 

« C’est probablement la cause la plus négligée de nervosité, de ruade impromptue, d’emballement ou d’agressivité.
Bien des problèmes comportementaux courants sont dus à la douleur ou à la gêne du saddle fitting. »
L. Tellington-Jones, entraîneuse et dresseuse d’animaux canadienne

La clé de voûte du cheval

Beaucoup de cavaliers positionnent la selle sur le garrot, voire en avant de celui-ci, pour la faire ensuite un peu glisser vers l’arrière… Mais la selle est-elle suffisamment reculée ? Trop souvent, pas assez.

Le docteur vétérinaire Dominique Giniaux, précurseur en ostéopathie animale (1944 – 2004), expliquait que le dos du cheval forme une voûte et que, à l’instar de toute voûte, elle a sa clé, c’est-à-dire un point de force et de solidité qui permet de supporter une charge, en l’occurence le cavalier. Cette clé de voûte se situe au niveau de la 13e vertèbre dorsale. Or la majorité des selles utilisées en équitation – les selles dites « anglaises » – ont leur point le plus creux (donc la place et le poids du cavalier) situé au niveau des 9e et 10e dorsales. Même en positionnant correctement la selle, le cavalier fait porter son poids en avant de ce point de force, et surcharge donc l’avant-main (ce qui peut parfois être source de boiterie). Mais c’est un moindre mal comparé à une selle placée encore plus en avant, comme on le voit trop souvent. Il est donc impératif de bannir la pose des selles sur le garrot !

 

Apophyses épineuses du cheval et clé de voûte

Sur cette illustration, la vertèbre en rouge (apophyse épineuse), au niveau du garrot, est la 5e dorsale,
point le plus élevé du garrot. Celles marquées d’un point rouge sont les 9e et 13e,
cette dernière étant la clé de voûte qui porte la charge du cavalier ;
l’orientation des apophyses de part et d’autre de cette 13e vertèbre est très explicite.

Les bons repères

• La partie avant rigide de l’arçon, et en particulier les deux becs (appelés « oméga ») doivent reposer environ deux doigts derrière l’arête postérieure du scapulum (os de l’épaule, voir la photo ci-dessous). 
• La partie arrière de l’arçon – partie portante de la selle – ne doit pas dépasser la dernière côte thoracique.
• La gouttière doit avoir la bonne largeur.
• Les panneaux (de préférence « à la française ») doivent épouser la musculature du cheval, et ne pas être convexes, ou trop durs, ou encore déformés/tassés par l’usage.
 
L’idéal serait que le poids du cavalier repose sur la clé de voûte, c’est le cas lorsque l’on monte à cru. Avec une selle, c’est pratiquement impossible. Aussi le cavalier doit-il s’asseoir un peu plus en avant… mais pas trop ! S’assoir au niveau de la 11e vertèbre serait un bon compromis…
 
 

Quand le cheval résiste en levant haut la tête, ce qui a pour effet de creuser son dos,
le problème est moins souvent dû au contact mains/mors qu’à une gêne au niveau du dos.
Il faut alors s’interroger sur le matériel, et donc la selle utilisée.
Pierre Beaupère, cavalier professionnel et professeur de dressage

 

Conséquences d’une selle trop en avant :

• lors du mouvement des antérieurs, le scapulum bascule d’avant en arrière de 4 ou 5 cm. S’il se heurte à l’oméga de l’arçon (les 2 becs, devant), le cheval rechigne à se livrer, il peut refuser d’avancer, développe de la rétivité… ou se résigne en souffrant, comme le font souvent nos braves chevaux de club.
Le cartilage du scapulum – à cet endroit, c’est du cartilage et pas de l’os – est bloqué, et peut même être blessé. C’est d’ailleurs une cause de boiterie antérieure dont on ne trouve pas la cause, car rarement explorée/recherchée, même par les vétérinaires.
 
La pointe postérieure du scapulum (tracée ici à la craie sur le cheval de Cécile) doit être préservée de tout contact avec la selle.
Il ne faut pas oublier que l’os est un peu plus large à cet endroit du fait du cartilage qui borde cet os.
Pour le sentir, il faut palper l’épaule du cheval (palpation profonde qui doit se faire par deux personnes dans une recherche de cause d’une boiterie antérieure,
la première tient l’antérieur en extension tandis que la seconde effectue la palpation).
 
• blessures et contractures des trapèzes… qui peuvent fondre musculairement car le cheval les bloque ;
• blessures du garrot, indice le plus visible qui doit faire réagir tout cavalier soucieux de sa monture ;
• douleurs au niveau des apophyses épineuses, et lésions du ligament supra-épineux ; 
• douleurs au niveau lombaire si la selle est trop longue ou si elle fait raquette.
 
 

Un cheval qui souffre se laissera difficilement approcher et seller au box. Monté, il sera en défense… et le pire est qu’il risque d’être malmené par des cavaliers qui ne penseront pas à faire le rapprochement entre rétivité et douleurs.
On ne le répètera jamais assez : un cheval ne désobéit jamais pour embêter son cavalier. Il y a toujours une bonne raison… dont nous sommes généralement la cause. Sachons l’écouter !

 

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