Mains et jambes, selon D’Orgeix

Jean D’Orgeix… un grand Monsieur de l’équitation (1921-2006), haut en couleur et en verbe. Il a été un grand cavalier de CSO avant d’être le premier entraîneur national de saut d’obstacles en France. Ses qualités et son charisme ont permis à une équipe de France – pas vraiment favorite – de repartir des JO de Montréal avec une médaille d’or, en 1976. Ses bases étaient celles des grands maîtres : Baucher, Beudant, Kerbrech… Voici un court résumé de ses « clinics ». 

 


 

« Le talent du cavalier ne pourra s’exprimer que s’il en a la possibilité. » Jean d’Orgeix

 

► Prise de conscience de la sensibilité animale : la même action de jambe sert à avancer et à reculer. Le reculer est une action de jambes, sans tirer (pas de mains !). Pour reculer, il suffit de durcir les doigts. La différence entre avancer et reculer est donc une affaire de 3 ou 4 mm sur des rênes fluides. Et le cheval comprend parfaitement, cette sensibilité étant valable à toutes les allures.

« Il n’est pas nécessaire que le fil soit tendu pour que le courant passe. » Carde

 

► Les épaules, les bras, les coudes – Toute les actions proviennent du travail des épaules, jamais des bras. Si les bras sont avancés, les épaules sont bloquées. Si les bras sont ployés, les épaules sont libres, que ce soit en position assise (dressage) ou en équilibre (saut).
Pas de coude au corps ! Le cavalier doit se servir librement de ses coudes !
Avoir toujours les mains ouvertes ! Si les mains sont fermées, les épaules sont figées. Si les mains s’ouvrent, les épaules sont libres et peuvent travailler.

 

► Tenue des rênes – Entre le pouce et le creux de la main (les autres auteurs de la « légèreté » prônent une tenue un peu différente, à savoir : les rênes pincées entre le pouce et l’index. Le reste est semblable).
Actions par le seul appui des doigts. Si besoin d’un petit peu plus de force (jeune cheval) : une action par le tranchant de la main est très efficace. La main étant ouverte et fixe, ce qui varie est la longueur des rênes. Les mains coulissent sur les rênes, les épaules restent donc libres. Mais on ne peut raccourcir les rênes (en gardant la main fixe) que si l’on tient une partie du fouet entre ses doigts. 

– Actions indirectes : toujours agir par actions indirectes ;
– Action directe : mise en résistance (tension obligatoire), et quand le cheval cède, il est normal d’avoir un reculer de la main.

« Habituez-vous à courir sur les rênes, les rênes sont une harpe, un piano.
On joue avec les rênes, on les caresse, on les fait vibrer. » Jean D’Orgeix.

 

► Mobilisation de la mâchoire – L’action des mains (doigts) doit toujours être « en alternance » pour éviter la mise en résistance : frémissements alternatifs des rênes qui sont « floches » (terme cher à Racinet). Attention ! Pas de cisaillements !
Angle rênes/chanfrein : plus l’angle est grand, plus les actions sont décontractantes.

 

► Le contrôle directionnel – Sur une rêne en guirlande, il suffit de l’écarter de l’encolure (attention, ce n’est pas une rêne d’ouverture !) pour faire tourner le cheval qui reporte son poids sur l’épaule interne. En répétant cette opération, on fait tituber le cheval. Mais comme il tourne « mal » (poids sur l’épaule interne), on lui fait engager le postérieur interne par une action de jambe… ce qui est en fait inutile si l’on utilise le couloir des rênes (longues suffit !).

Un cheval qui s’appuie sur la main est tout simplement un cheval qui tire !
Sans arrêt, mobiliser la mâchoire.

 

► L’appuiOn dit que le cheval aurait besoin du soutien des mains ! C’est faux ! L’appui est un contact léger, sur des rênes en demi-tension, sans aucun poids car : action = réaction >> contraction de l’encolure et de tous les muscles de la ligne dorsale, car ils sont solidaires. « L’appui est le sentiment entre la main et la bouche… » (Guérin)
S’il y a tension des rênes sur la commissure des lèvres du cheval, celui-ci est obligé d’annuler cette traction par une contraction des muscles de l’encolure. De ce fait, il n’y a aucun report de poids vers l’arrière. Appui, oui… si on le comprend de manière classique. Jamais de tension des rênes. La tension, c’est l’horreur. Un cheval qui s’appuie sur la main est tout simplement un cheval qui tire ! Sans arrêt, mobiliser la mâchoire. Si on fait jouer la mâchoire, il n’y a pas de tension/traction. N’acceptez jamais la tension !

 

► Le cheval tendu – La conception (habituelle) du cheval tendu est fausse. Un cheval tendu est un cheval prêt à se propulser. C’est un cheval psychologiquement prêt à bondir et ça n’a rien à voir avec la tension des rênes. C’est une idée démentielle de vouloir tendre un cheval en tirant sur les rênes. Le plus grand écuyer de tous les temps, François Baucher, a dit : « Le cheval en arrière de la main et en avant des jambes ».

« Les jambes doivent tomber naturellement et ne toucher le cheval que rarement. » Beudant

 

► Les jambes – La jambe commence à la pointe de la hanche. La puissance de la jambe nait de l’action de toute cette longueur. Serrer les mollets est une hérésie ! 
Moins le cavalier utilise ses jambes, plus le cheval est réactif. Ne jamais agir en permanence avec les jambes. Le cavalier doit être d’une avarice sordide quant à l’utilisation de ses jambes. Il doit en arrêter l’effet dès qu’il y a obéissance. À l’abord de l’obstacle, toute action de jambe supérieure à la stricte nécessité se fait au détriment de la trajectoire.

 

► Appui du pied sur le gros orteil – Cette position de pied est bénéfique :
– elle écarte légèrement la jambe du corps du cheval ;
– la jambe ne frotte ni ne tape sans cesse sur les flancs ;
– le fait que l’étrivière se trouve légèrement écartée provoque une poussée qui plaque naturellement et sans effort la cuisse sur la selle.
Si un cheval est froid à la jambe, c’est la faute du cavalier et de lui seul. Ne jamais tolérer la moindre mollesse aux jambes sans réagir immédiatement. Dans ce cas, ne jamais augmenter la puissance de la jambe, ce serait une grave erreur, et [ce serait] tomber dans le piège.

 

– Départ au pas : sur un cheval mis, le bas de la jambe ne doit même pas venir en contact avec le cheval. Seuls le haut de la cuisse et l’assiette suffisent ;
– Départ au trot : les deux jambes effleurent le cheval ;
– Départ au galop : action un peu plus forte de l’assiette et léger contact du mollet. Action d’une seule jambe, celle opposée au pied du galop.

 

Tous ces conseils sont à mettre en oeuvre avec l’enseignant. À noter, pour conclure, que Nathalie d’Orgeix perpétue l’enseignement de son mari et intervient régulièrement lors de stages qui permettent de progresser à cheval selon « la méthode d’Orgeix », notamment au Écuries Fidelis, à Achères-la-Forêt (77).

 

Infatigable théoricien, Jean d’Orgeix a abandonné l’équitation
après sept ans de compétitions internationales. Mais, durant
cette période, il a gagné 288 épreuves de saut d’obstacles sur 781.
Sa méthode a marqué l’histoire de l’équitation
et fait de nombreux adeptes encore aujourd’hui.

 

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